Etat des lieux des Think Tanks en France

Blog de veille analytique sur le développement des Think Tanks en France

mercredi 4 janvier 2006

Les Think Tanks: nécessités et limites

Vous trouverez ci dessus un extrait de textes parus dans Notre Europe qui traitent des nécessités et des limites des Thinks Tanks dans les politiques européennes et notamment en Europe Centrale.

Le premier document s'intitule:

"Ideas, Influence and Transparency -What Could Think Tanks Learn and Contribute ?"


RÉSUMÉ ET PROPOSITIONS.
"All think tanks try to have an input in the policy process. While they have not been under the spotlight, they are increasingly visible, and the legitimacy of their input into policy-making may be questioned in the future, as indicated by Steve Waters’ recent article. This is particularly the case for ‘Euro-think tanks’, as EU politics, fairly or unfairly, are perceived as too technocratic, even elitist, and insufficiently transparent. On Thursday 20 and Friday 21 October 2005, members of the European Policy Institutes Network (EPIN) met with representatives of the European institutions, the public affairs community and the media to learn, and contribute. This was the first of a series of EPIN Think Tanks Taskforce meetings."http://www.notre-europe.asso.fr/IMG/pdf/Summary_EPIN_Transparency_TTT_20-21_Oct_05_public_version.pdf

Le deuxième article est écrit par Juliette Ebélé et s'intitule:"Think tanks in Central Europe : From the soviet legacy to the European acquis". A consulter sur:

http://www.notre-europe.asso.fr/IMG/pdf/THINK_TANKS_IN_CENTRAL_EUROPE_1_-2.pdf

Enfin, vous constaterez les limites à considérer dans l'analyse que l'on peut retrouver sur le site du Réseau Voltaire, relatant l'incroyable manipulation que font de nous ces groupes de pensée. Ce document nous est apparu assez pertinent et nous vous en conseillons la lecture....

http://archives.lists.indymedia.org/imc-france-info/2002-December/000138.html

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mardi 3 janvier 2006

Entretien avec François Dupuy, du think Tank "L'Ami Public"

François Dupuy (L'Ami Public)

"Cela commence à se savoir dans les milieux politiques"
L'Ami Public, lancé par Christian Blanc, met sur le "marché des idées" des propositions transpolitiques. Certaines font ensuite l'objet de lois. Rencontre avec son président.
(avril 2004)

Sommaire

Un concept "made in USA"

Michel Bon (Institut de l'Entreprise)

Les think tanks les plus influents

Fondé par Christian Blanc, ancien président d'Air France, l'Ami Public (voir la fiche) cherche à défendre une "démocratie de proximité décentralisée, mettant en avant l’individu-citoyen et le responsabilisant". La nécessité d'une réforme de l'Etat demeure le grand cheval de bataille de ce cercle de réflexion. Son président, François Dupuy, par ailleurs président de Mercer Delta Consulting France, revient sur les origines, les objectifs, les missions et les méthodes de travail de l'Ami Public.

A partir de quel constat avez-vous créé l'Ami Public ?
François Dupuy. L'Ami Public a été créé en 2002 par un groupe d'une quinzaine d'amis, autour de Christian Blanc. Ce dernier a écrit un papier dans Le Monde (NDRL : "La France ne sait pas où elle va", 5 avril 2001) dénonçant l'immobilisme et le manque de courage politique, résultat de l'absence de confiance. Christian Blanc pointait la nécessité de réforme pour que la France soit un grand pays moderne. Dans cette tribune, il annonçait la création de l'Ami Public.

Quelle est votre action ?
Nous travaillons à travers un site et nous organisons des rencontres. Notre but est de mettre sur le "marché des idées" des propositions transpolitiques. Notre domaine de réflexion premier, et le plus important, est celui de la réforme de l'Etat. Nous avons élaboré cinq propositions très précises et nous avons interpellé le président de la République par une pétition qui a obtenu près de 50 000 signatures. Certaines de ces propositions, par exemple sur le service minimum, ont ensuite fait l'objet d'un projet de loi. Aujourd'hui, nos préoccupations sont plus larges, elles ne touchent pas seulement la réforme de l'Etat.

Comment diffusez-vous vos idées ?
Nous organisons des journées de travail ouvertes au public. Par ailleurs, notre premier livre vient d'être édité par Dunod dans la collection l'Ami Public (NDLR : "A l'écoute des gens ordinaires, en l'attente d'une gouvernance sociétale avisée" d'Alain de Vulpian). Nous rédigeons également des rapports de recherche et de travail. Nous mettons en ligne nos textes et nos chantiers. Notre site reçoit environ 4 000 visites par jour et nous comptons 8 000 abonnés à notre newsletter, ce que beaucoup de clubs nous envient.

Christian Blanc est-il toujours actif à l'Ami Public ?
Non. Lorsque Christian Blanc est devenu député des Yvelines, il m'a demandé de prendre la direction de l'Ami public.

Le club est-il marqué par une tendance politique ?
Nous sommes un club de réflexion ouvert. L'appartenance politique de nos membres n'est pas une préoccupation. Seuls les extrêmes ne sont pas acceptés. Nous avons par exemple refusé quelques membres du Front National. Par ailleurs, les partis politiques sont demandeurs de nos réflexions. Nous ne sommes pas partisans, nous les transmettons à n'importe quel parti. Sur l'Europe ou la santé par exemple, nous avons donné nos idées. Cela commence à se savoir dans les milieux politiques.


Il n'y a pas de hiérarchie"

Qui sont les membres de l'Ami public ?
Nous comptons 600 membres cotisants, parmi lesquels certains sont connus, d'autres non. Ce n'est pas le style de notre cercle de s'entourer de personnalités, nous sommes des gens ordinaires. Le profil moyen est un homme, plus qu'une femme, de 35-40 ans, consultant et vivant dans une agglomération.

Vous réunissez-vous régulièrement ?
Nous travaillons à trois niveaux : dans les régions, sur notre site Internet et à l'échelon national. Les initiatives peuvent partir des réseaux locaux et remonter par l'intermédiaire du site. Les réseaux locaux se réunissent à leur rythme. Il n'y a pas de hiérarchie, nous n'imposons pas de fréquence particulière.

Comment établissez-vous des propositions ?
N'importe qui peut proposer un groupe de travail en passant une annonce sur le sujet. Ensuite, le groupe collabore grâce au site et à des réunions, qui comptent cinq à vingt participants. Le groupe poursuit sa réflexion jusqu'à ce qu'il formule des propositions. Celles-ci sont mises en ligne ou publiées.

Travaillez-vous avec d'autres clubs, cercles ou think tanks ?
Nous rencontrons d'autres clubs et des partis politiques. Nous travaillons beaucoup avec l'Institut Montaigne ; nombre de nos réunions ont lieu chez eux. Nous sommes aussi en contact avec Futurible, Gauche moderne, un cercle interne au PS, ou encore un groupe de l'UDF.

Sommaire

Un concept "made in USA"

Michel Bon (Institut de l'Entreprise)

Les think tanks les plus influents

Avez-vous des contacts avec des think tanks d'autres pays d'Europe ?
Non, nous n'avons pas de contact avec d'autres cercles européens. Il s'agit de l'un des prochains stades que nous aurons à franchir. En revanche, des Français de l'étranger ont constitué des groupes de l'Ami Public, notamment à Londres et à New York.

Aujourd'hui, quelle est votre priorité ?
Toujours la réforme de l'Etat. Elle est urgentissime. Les politiques refusent de s'y s'attaquer, ils n'ont aucune volonté dans ce domaine.

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mercredi 28 décembre 2005

Si les Think Tanks "néoreactionnaires" sont monnaie courante aux Etats-Unis, en France Think Tanks et neoreacs se differencient

Courrier international - n° 790-791 - 22 déc. 2005 France POLÉMIQUE - Le narcissisme téléphage des néoréactionnaires français Alain Finkielkraut et les siens en veulent à “l’idéologie du politiquement correct”. Pour l’intellectuel tunisien Saleh Bechir, ils sont surtout les piètres rejetons des néoconservateurs américains. Ne soyons pas plus royalistes que le roi. Si les Français, leurs élites et leurs intellectuels pensent vraiment que les semblables d’Alain Finkielkraut peuvent à bon droit se parer du titre de philosophe, eux qui ont compté en leur sein les penseurs les plus illustres, de Descartes à Foucault et à Derrida, eh bien, c’est leur problème ! Nous ne leur chercherons pas noise sur ce point. Après tout, ils ne sont pas les seuls à décerner complaisamment ce genre de titre de noblesse en ces temps où les médias se sont arrogé le droit de légitimer la pensée. Les titres qu’ils concèdent à Finkielkraut valent bien ceux dont nous affublons nos nombreux “penseurs”, de la trempe de… (écrivez le nom que vous voudrez). Mais, quoique leurs “philosophes” soient indubitablement plus cultivés et moins primitifs que nos “penseurs”, la minceur de leur apport est au fond très comparable. Alain Finkielkraut, donc, est récemment apparu comme le leader d’un courant désigné comme celui des “nouveaux réactionnaires”. Un courant dont le manifeste fondateur a été concocté au fond d’un café parisien, lors d’une discussion entre l’intéressé et deux journalistes du quotidien israélien Ha’Aretz. Dans l’entretien qu’il leur a accordé, notre “philosophe” exposait ce qu’il n’osait – affirmait-il – dire en France. Avec des accents prophétiques, il leur a révélé que l’antiracisme “serait au xxie siècle ce que le communisme avait été au xxe siècle”, à savoir une idéologie totalitaire et répressive. En réfugié de la pensée, Alain Finkielkraut a donc demandé l’asile intellectuel à Ha’Aretz pour mieux exprimer sa dissension – une dissension frappante de similitude avec ce que répètent les petits Blancs aux comptoirs des cafés populaires fleurant bon le gros rouge qui tache. Ainsi, les immigrés et leurs rejetons détestent la France ; ils n’aiment pas travailler, ils “veulent de l’argent et des vêtements de marque” ; ainsi, le colonialisme aura été une bénédiction pour l’Afrique ; ainsi l’humanité se partage-t-elle entre “sauvages” et “civilisés”, etc. L’article de Ha’Aretz restitue scrupuleusement d’autres fleurs de cette “pensée”, prenant cependant soin de s’en désolidariser en précisant que ces propos ressemblent à ceux du Front national. Mais, s’il est vrai que M. Finkielkraut est un “nouveau réactionnaire”, sa “réaction”, elle, n’a rien de neuf. Cette nouveauté n’est que le produit narcissique d’une meute d’intellectuels téléphages qui supposent que la nouveauté du phénomène à leurs yeux vaut nouveauté dans l’absolu, tout comme ils datent la naissance des idées du premier jour où ils s’y intéressent et en signent l’acte de décès au soir de leur désamour. Alain Finkielkraut ayant donc défini les bases philosophiques de sa pensée, confiant en leur justesse et en leur solidité, le voilà qui analyse les causes de ce que certains ont appelé “l’Intifada des banlieues”. Il s’agit pour lui d’une violence ethnico-religieuse, dont les causes ne sont pas socio-économiques comme se l’imaginent les naïfs. Elle est le fait d’Africains et d’Arabes, liés par leur adhésion à l’islam et par la haine de l’Occident. La preuve ? Ce sont des écoles et des édifices publics qui ont été visés. Ces actes, estime notre philosophe, sont des “pogroms commis à l’encontre de la République” – et l’on sait que la condamnation ne saurait trouver de mots plus forts que ceux qui appartiennent au lexique des exactions antisémites. Leur avenir ? Conseillers de Nicolas Sarkozy, et encore ! Voilà donc à peu près ce que pensent les nouveaux réactionnaires français. Leurs modèles sont les néoconservateurs américains. Or leurs imitateurs français, en assumant le terme de réactionnaire, même s’ils le parent de la nouveauté, ont une outrance qui ressemble fort à la révolte adolescente. Car la réaction n’est plus depuis longtemps une voie susceptible d’être traduite en termes politiques, en programme ou en projet. Parler de réactionnaire, c’est porter un jugement moral et laisser une empreinte qui oscille entre le négatif et l’infamant, tout autant pour la gauche que pour la droite. Tous ceux qui adhèrent à la démocratie, quelles que soient leurs chapelles, abhorrent la “réaction” en ce qu’elle signifie la tyrannie, en ce qu’elle nie par essence la démocratie. On peut être conservateur et démocrate, mais allier démocratie et réaction est une affaire bien malaisée. La réaction “classique” aura eu ses philosophes et ses penseurs, qui en fondèrent les complexes et subtils concepts – quoi qu’on en pense –, qu’il s’agisse de l’Espagnol Juan Donoso Cortés ou du Français Joseph de Maistre. Mais Alain Finkielkraut et sa petite bande, dans la limite des écrits et des déclarations que nous avons pu consulter, ne semblent pas se rattacher à cette veine historique, ni en maîtriser les fondements. Leur néoréaction est une matière brute, une critique nihiliste, une réaction, justement, à ce qu’ils estiment être une tyrannie du politiquement correct et à la fortune de “l’idéologie de l’antiracisme”, comme ils l’écrivent. Tout cela n’est pas sérieux. La différence est grande entre les néoconservateurs américains et leurs petits élèves français. Les premiers ont fait leur nid dans les universités, dans les centres de recherche et s’appuient (ou prétendent s’appuyer) sur des références théoriques solides, comme Leo Strauss. Ils sont ensuite parvenus à s’emparer du pouvoir au cœur de l’unique superpuissance, traduisant leurs tendances impérialistes, les cristallisant dans des décisions politiques précises qui influent sur le cours du monde – alors que le plus brillant de leurs zélateurs hexagonaux ne peut espérer, au mieux, qu’un poste de conseiller auprès de Nicolas Sarkozy, à supposer que ses ambitions les plus folles se voient réalisées. Ou peut-être que lui et ses pairs se satisferont de peupler les médias de leur babil. Finalement, ces nouveaux réactionnaires ne sont rien d’autre qu’un pitoyable vestige de folklore parisien. Saleh Bechir Al Mustaqbal http://www.courrierinternational.com/article.asp?obj_id=58480&provenance=zop.archives

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Si les Think Tanks "néoreactionnaires" sont monnaie courante aux Etats-Unis, en France Think Tanks et neoreacs se differencient

Courrier international - n° 790-791 - 22 déc. 2005 L'invité CARLO GALLI - Un peu partout, les néoréacs Carlo Galli enseigne l’histoire des doctrines politiques à l’université de Bologne. Spécialiste entre autres des courants de pensée extrémistes, il est l’auteur de Genealogia della politica (Il Mulino, 1996). Une nouvelle famille de penseurs politiques emmerge : celle des “néoréactionnaires”. Pour en comprendre les finalités et les stratégies, il faut admettre que la politique, depuis la seconde moitié du XXe siècle, se caractérise en Occident par le conflit entre démocratie libérale et social-démocratie, c’est–à-dire entre une gauche et une droite qui sont en réalité des réformismes d’espèce différente mais de même nature. Ces deux réformismes rivaux se réfèrent au même courant rationaliste hérité des Lumières et reconnaissent que la politique ne peut que se positionner sur le terrain des droits et osciller entre la valorisation de la liberté individuelle et de la justice sociale. Le néocontractualisme de John Rawls, le néolibertarisme de Robert Nozick, la théorie des droits de Ronald Dworkin, l’agir communicationnel de Jürgen Habermas et même le néolibéralisme de Friedrich von Hayek sont les points forts du style philosophique moderne. La réflexion sur la politique a élaboré le politiquement correct, et aussi le tabou, l’impensé et l’impensable : c’est dans la logique même des cultures politiques dominantes. Il existe donc aussi la possibilité de soustraire la réflexion philosophico-politique à l’hypothèque libérale et sociale-démocrate. Cette transgression – alimentée par les nouvelles configurations du monde après 1989 et le 11 septembre 2001 – peut être définie comme néoréactionnaire, non pas tant parce qu’elle est de droite au sens classique du terme, mais parce qu’elle réagit au sens philosophique commun en cherchant la provocation, en élaborant des arguments non alignés et en interprétant l’époque actuelle de façon alternative. Un grand nombre d’intellectuels raisonnent avec la conviction que la pensée doit valoriser les conditions idéales, symboliques, culturelles et religieuses qui donnent un sens et des perspectives existentielles aux individus et aux communautés. La politique n’est pas une affaire de calculs rationnels, ni même de droits affirmés dans l’abstrait, mais d’identités individuelles et collectives concrètes. Tout cela implique de fortes différences d’approche de la réalité. Si la banlieue parisienne brûle, un libéral ou un social-démocrate incrimineront la pauvreté dans laquelle s’enlisent les jeunes de banlieue, et ils ne divergeront que sur les remèdes à appliquer. Un conservateur vieux style réduira l’affaire à une question d’ordre public, un républicain dira que le projet pédagogique d’assimilation laïque de l’Etat français a échoué et essaiera de voir quelles réformes pourraient convenir. En revanche, un néoréactionnaire désorientera son public – comme l’a fait Alain Finkielkraut – en soutenant que la cause du conflit réside dans l’identité musulmane des révoltés, déclinée d’une manière incompatible avec le système de valeurs du pays occidental dans lequel ils vivent. Ceux qui privilégient le niveau symbolique, identitaire, culturel de la politique et pratiquent donc une philosophie dramatique, conflictuelle, forment un ensemble complexe. Aux Etats-Unis, la pensée d’un critique de la modernité et de son rationalisme comme Leo Strauss inspire le courant néoconservateur. Mais la priorité accordée au niveau symbolico-identitaire ne génère pas seulement des positions néoréactionnaires. Elle a aussi nourri une grande partie de la pensée féministe et a produit en France à la fois les positions philo-occidentales d’un vieux nouveau philosophe comme André Glucksmann, les âpres critiques contre les Etats-Unis d’un Alain de Benoist et la réaction aux modes écologistes d’un Luc Ferry. De la même manière, en Italie, dans le sillage américain, nous avons des “athées dévots” comme Giuliano Ferrara, Marcello Pera, Oriana Fallaci – des laïcs qui reconnaissent que la raison moderne est fondée sur des valeurs étroitement apparentées au christianisme et qui cherchent dans l’Eglise catholique un renforcement de l’identité occidentale. Et, en Allemagne, la critique du rationalisme version Habermas au nom du symbolique vient d’auteurs comme Slavoj Zizeck et Peter Sloterdijk. Les néoréactionnaires sont donc l’une des patrouilles, dynamique mais pas monolithique, d’une armée composite qui, en ces temps nouveaux de l’ère globale, s’installe dans un espace intellectuel tout aussi nouveau – un espace et un temps qui, qu’on le veuille ou non, sont désormais les nôtres. Carlo Galli La Repubblica http://www.courrierinternational.com

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jeudi 8 décembre 2005

"Thinking smaller" : la pensée "tank" en question

   

  Un récent article paru dans la revue Esprit du mois de novembre 2004 (Eric Piter, "L’intellectuel opérationnel et l’intellectuel public") attirait l’attention sur les limites de la "pensée tank" (comprenez la pensée des "think tank"), en soulignant notamment les risques d’une association trop étroite entre intellectuels et politiques, et d’une opérationnalisation des intellectuels publics. Ces critiques rencontrent un écho dans le monde anglo-saxon, pourtant lieu d’élection de ces "boîtes-à-idées" intellectuelles. Sauf qu’ici la question ne porte pas tant sur les relations entre le monde politique et le monde intellectuel, que sur les relations entre le monde intellectuel et celui des affaires. Dans le Financial Times du 29 septembre, l’intellectuel britannique David Goodhart, directeur de la revue Prospect, accuse les think tanks de "grossir en réduisant leurs ambitions intellectuelles" ("Think tanks get big by thinking smaller"). Ceux-ci auraient pris le parti de travailler sur des "micro-questions" et de se spécialiser dans des études de plus en plus pointues pour attirer les financements d’entreprises : étude sur le marché de l’énergie subventionnée par une compagnie pétrolière, étude sur le médicament financée par une firme pharmaceutique, etc. Cette attaque n’a pas laissé indifférents les leaders de divers think tanks spécialisés dans les questions économiques. John Blundell, directeur général de l’Institute of Economic Affairs (Londres), a même réagi assez vivement sur le site de son organisation en contestant l’existence de tels financements "fléchés" et en défendant la largeur de vue de son institut. Le monde des think tanks va-t-il connaître le même mouvement de suspicion qui s’était abattu il y a quelques années sur les ONG, les contraignant à plus de transparence ? A suivre.

K.H.

   

 

   

    

      décembre 2004 

http://www.repid.com/  (la république des idées, réflexion et veille intellectuelle)

(article "Thinking smaller" : la pensée "tank" en question http://www.repid.com/article.php3?id_article=310 )

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mardi 6 décembre 2005

Article de Nicolas Weill - Le Monde - 25 février 2005

Le Monde a publié en février de cette année un article relatif au retard des groupes de pensées français au niveau politique. Cet article intitulé: La difficile acclimatation des "boîtes à idées" en France stipule l'absence considérable de relais d'opinion sur notre territoire, alors que la course à la mondialisation ne cesse de sévir et de demander des idées innovantes aux experts français. Le conseil politique est insuffisant....et son indépendance trop peu exprimée.

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-399526,0.html

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vendredi 2 décembre 2005

Entretien avec Stephen Boucher par Stephen Bunard

Entretien

"Think tanks" : l’émergence timide des "boîtes à idées"

Par Stephen Bunard

« Réservoirs à penser », « boîtes à idées », « laboratoires politiques » ou « groupes de réflexion », les « think tanks » européens, « prêts-à-penser » des décideurs, sont encore élitistes et moins influents que leurs modèles américains.

Stephen Boucher, auteur pour l’association Notre Europe de l’étude : « L’Europe et ses Think Tanks, un potentiel inaccompli ». Il explique les critères d’appréciation de ces "réservoirs".

Franco-américain, Stephen Boucher est actuellement consultant en matière de politiques énergétiques, après avoir été conseiller pour les affaires européennes et internationales auprès de la vice-première ministre et ministre fédérale belge de la mobilité. Il est titulaire d’un Master in Public Administration de Harvard, anciennement maître de conférence sur le lobbying en Europe à l’Institut d’Études Politiques de Paris.

"La transposition du modèle américain en Europe est difficile."

Quels sont les grands enseignements à tirer de cette étude ? 

D’abord, nous avons été surpris par le nombre de think tanks et de chercheurs qui s’occupent de ces questions là. On a recensé en Europe environ 3.000 chercheurs dans 149 instituts, des centres indépendants de recherche, qui traitent de près ou de loin de questions européennes. Sans forcément chercher à inventorier ou à labelliser, mais en utilisant un certain nombre de critères ; outre l’importance de ce nombre, ce qui est encore plus surprenant, c’est de voir à quel point ils sont éparpillés au sein de l’Union européenne, avec un petit groupe à Bruxelles et une majorité installée dans les capitales des États membres. Ces « think tanks » s’adressent essentiellement aux audiences politiques locales et effectuent relativement peu de travail en commun.

Qu’est-ce qui distingue les « think tanks » des lobbies ? 

On a essayé de définir des critères qui permettent de les différencier d’autres groupes, des lobbies par exemple. Ce qui fait le distinguo, pour les think tanks, c’est la production de solutions de politiques publiques, cela implique qu’ils soient majoritairement axés sur ces questions, qu’ils aient des chercheurs en interne, qu’ils essaient d’avoir une certaine indépendance, même si ce critère là est difficile à mesurer, et qu’ils essaient de communiquer les résultats de leur recherche, qu’ils essaient de les faire passer dans le monde politique ; c’est vraiment ce qui va les distinguer des groupes académiques. Effectivement, il y a des lobbies qui ont une capacité de réflexion politique et qui essaient de faire ce travail, mais ce n’est pas leur but principal.

Quand on emploie le vocable « think tank », on se tourne d’emblée vers les Anglo-saxons, quelle est la spécificité des Européens ? 

Les « think tanks » sont une réalité davantage développée dans le monde politique anglo-américain, mais ne sont pas une spécificité des États-Unis ou de la Grande-Bretagne. Le premier élément, c’est que les « think tanks » européens sont beaucoup moins impliqués dans le système de décision politique que les Américains. Ces derniers font partie intégrante du système de réflexion politique, sont reconnus comme tels, ont de l’influence et un impact médiatique, et aussi naturellement des budgets et des personnels plus importants. Quand une majorité politique change, d’ailleurs, beaucoup des membres d’une administration vont puiser et se ressourcer dans ces « think tanks ». Les Européens sont aussi plus orientés à gauche, avec une perspective plus prospective, à long terme, plus académique, tandis qu’Outre-Atlantique, les « think tanks » tirent davantage vers le centre et la droite, et sont orientés vers l’action, ils fournissent par exemple des conseils directement au Congrès et sont très visibles dans les médias.

En Europe, quels sont les moyens dont disposent les « think tanks » et un pays s’impose-t-il comme modèle ? 

Il semble d’abord que les financements soient plutôt publics, de grosses sociétés financent également, et puis il y a le financement propre, par l’organisation de colloques et les publications ; c’est difficile de transposer le modèle américain en Europe, compte tenu aux Etats-Unis de la philanthropie privée et de la puissance des fondations ; partout le financement est un souci pour les « think tanks » européens. C’est la Grande-Bretagne pourtant qui s’en sort le mieux. Pour être efficace, un « think tank » doit gérer plusieurs tensions, son financement de différentes sources, tout en conservant son indépendance intellectuelle et une certaine crédibilité qui vont conditionner son impact ; il va à la fois réfléchir et pondre des idées complexes, et encore en même temps, chercher à avoir un impact médiatique suffisant. Sur différents plans, notamment avoir une capacité d’innovation et d’influence auprès des décideurs, les Anglais s’imposent sur les autres pays européens.

Sur quels sujets travaillent le plus efficacement les « think tanks » européens et tout ce « jus de crâne » est-il suivi d’effets ? 

Effectivement c’est l’un des regrets de cette étude, n’avoir pas pu aller jusque dans l’examen et la mise en œuvre des idées de ces organisations. Mais, qui travaille sur quoi, nous avons pu le faire. Il y a ainsi une redondance importante dans le travail de ces groupes en Europe, la démocratie européenne, la gouvernance, le droit constitutionnel, l’économie au sens large, les affaires étrangères... beaucoup de sujets, c’est paradoxal, où le Parlement européen dispose de peu de compétences, celles-ci étant plutôt du coté des États membres ; alors que maints sujets, tels les transports, l’environnement ou l’énergie, préoccupent peu les « think tanks ». Quant à savoir quelles idées marquent... Le risque sur lequel tout le monde s’accorde, c’est qu’ils observent tous et qu’ils répètent tous les mêmes choses !

Sont-ils armés pour réduire la « fracture européenne » entre les peuples et les élites ? (1)

Si l’on a donné comme titre à notre étude : « think tanks, un potentiel inaccompli », c’est qu’ils ont réellement un potentiel à faire émerger des idées de la société civile, à faire passer aussi des notions complexes auprès d’un public plus large, et certainement ils en ont l’ambition. La question du « déficit démocratique » préside à beaucoup de leurs réflexions, mais à ce stade, surtout pour des questions de moyens, ils n’ont pas cette capacité là. Et aussi pour des raisons de culture, pour parler simple, ils restent assez élitistes, ils travaillent entre experts des questions européennes et s’adressent à d’autres experts des questions européennes. Donc il y a un réel décalage entre l’ambition de contribuer à combler le « déficit démocratique » et la capacité à pouvoir y faire quoi que ce soit. Et cela nous a été confirmé par des décideurs, des gens de la Commission européenne et des gouvernements, qui nous disent : ’oui, potentiellement, les « think tanks » pourraient jouer un rôle’, mais aujourd’hui ils renforcent plutôt l’impression d’une Europe d’experts, plutôt qu’il ne la corrigent.

Article paru le 20 janvier 2005 sur http://www.europeplusnet.com

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mercredi 30 novembre 2005

Extrait de : "Ce dont la France a besoin"

"Parmi les causes de l’impossible réforme en France, il y a l’absence de contre-pouvoirs. Par ce terme, je comprends les organisations non gouvernementales privées, financées avec de l’argent qui provient exclusivement du privé, les fondations ou les associations dont le rôle est non seulement de contribuer à l’expansion de certaines idées mais aussi d’influencer les partis politiques, de modifier le comportement électoral des individus en leur apportant une information qu’ils ne trouvent nulle part ailleurs. En France, ces contre-pouvoirs devraient concurrencer l’INSEE, le ministère de l’Emploi, l’ANPE et tous les autres organismes administratifs et para-administratifs qui monopolisent les politiques publiques. Les think tanks sont des concurrents de l’Etat, ils font des enquêtes, publient des statistiques qui doivent corriger et orienter différemment, sinon arrêter, les politiques publiques. Leur travail d’enquête s’étale sur plusieurs mois et fait appel à de nombreux enquêteurs. Les résultats de leurs études doivent être connus par un public très large, c’est pourquoi la meilleure méthode des les faire connaître est le mailing. Grâce à ce système, des centaines de milliers de personnes peuvent être touchées en une seule année. Même si les résultats ne sont visibles qu’après plusieurs années, l’enquête et le mailing sont les principales armes d’un véritable think tank."   (Bogdan Calinescu)

Extrait du site:

http://www.libres.org/francais/livres/livres_2005/think_tanks_2005.htm#_ftnref1

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vendredi 25 novembre 2005

Article de l'hebdomadaire Courrier International de juin 2004.

LES "THINK TANKS", Laboratoires d'idées - "Notre but est d'influencer ceux qui ont de l'influence."

Institution typiquement américaine, les think tanks influencent énormément le débat d'idées. Indépendants des partis mais parfois fortement teintés d'idéologie, ces laboratoires d'idées rassemblent chercheurs et anciens hauts fonctionnaires pour élaborer des pistes de réflexion sur les questions politiques, sociales et surtout diplomatiques, à l'intention des responsables politiques, des médias et des entreprises. Les think tanks communiquent par l'intermédiaire de revues, comme Foreign Affairs, éditée par le Council on Foreign Relations, d'articles scientifiques ou de notes de synthèses, outil efficace et très prisé des membres du Congrès. Ces dernières années, les think tanks conservateurs et néoconservateurs ont été les plus influents. Parmi eux, l'American Enterprise Institute (auquel appartiennent la femme et la fille de Dick Cheney, ainsi que Richard Perle, en photo ci-dessus), la Heritage Foundation, la Hoover Institution (par laquelle Condoleezza Rice et Donald Rumsfeld sont passés) et la Rand Corporation, spécialisée dans les affaires militaires, sont les plus importants. Plus au centre se trouvent la Brookings Institution, fondée en 1916, ou le Center for Strategic and International Studies. A gauche, la Federation of American Scientists produit ne nombreux travaux sur les questions de défense, notamment le nucléaire, et le World Policy Institute défend une diplomatie interventionniste. Plus atypique mais classé à droite, le Cato Institute relaie les idées des libertariens, adeptes du libre-échange et des libertés individuelles.

http://www.courrierinternational.com

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